"La psychanalyse sacrement du diable" est un livre de l'astrologue traditionnel Hadès - de son vrai nom Alain Yaouanc - publié en 1987. L'auteur y fait le parallèle entre la psychanalyse et la contre-initiation décrite par le métaphysicien René Guénon et s’appuie sur l'astrologie pour appuyer son argumentaire.
Tout d'abord qu'est-ce que la contre-initiation ? Ce terme est utilisé pour désigner les forces et les influences opposées à la véritable initiation spirituelle et à l’ordre cosmique établi par la Tradition primordiale, originellement partagée par l'ensemble de l'humanité durant l'âge d'Or, mais qui se serait progressivement perdue à mesure que nous avancions dans le Manvantara actuel, ère cosmologique entre deux déluges d'environ 307 millions d'années se terminant par le Kali-Yuga, 4e et dernier âge le plus éloignée du Principe divin, selon la cosmogonie hindoue.
Alors que l’initiation authentique conduit à une élévation spirituelle et à une réintégration dans l’Unité divine, la contre-initiation, quant à elle, mène à la confusion, à l’inversion des principes et, in fine, à la dissolution de l’ordre sacré. Dans le monde moderne, les manifestations de la contre-initiation sont omniprésentes, particulièrement dans les domaines politique, sociétal et culturel. Elles traduisent une déviation systématique des principes métaphysiques et une tendance à renverser l’ordre hiérarchique universel.
La contre-initiation se distingue de l’ignorance spirituelle ordinaire, car elle est caractérisée par une connaissance pervertie. Ceux qui sont sous l’influence de la contre-initiation ne sont pas simplement des individus ignorants de la Vérité, mais souvent des agents conscients ou inconscients d’une connaissance dévoyée, orientée vers la dissolution et l’inversion des valeurs traditionnelles. La contre-initiation ne vise pas seulement à éloigner l’humanité de la Connaissance divine, elle cherche à renverser les principes mêmes qui soutiennent l’ordre cosmique. Elle se manifeste par des mouvements, des idéologies ou des structures qui détournent les symboles et les rites de leur sens sacré pour en faire des instruments de domination ou de désordre.
À partir de ce concept, Hadès explique dans son ouvrage que la psychanalyse répond aux critères de la contre-initiation, parodiant les rapports de filiation de maître à élève de la transmission initiatique. Après un retour sur les origines de la psychanalyse via un portrait de Sigmund Freud, Hadès aborde la notion d'inconscient collectif de Jung, la révolte de ce dernier vis-à-vis de son maître et la diffusion de la psychanalyse au cours du XXe siècle, facilitée par la dissolution inhérente à la fin du Kali-Yuga. Cette phase suit celle de la solidification du monde sensible durant l'ère industrielle, laquelle permis de couper le lien avec la Source, dont quelques vestiges continuaient à subsister dans les religions majoritairement remplacées par l'athéisme occidental. Dès lors, des fissures sont apparues sur "la grande muraille" qui entoure ce monde et le protège contre l’intrusion des influences maléfiques du domaine subtil inférieur.
Au fil du livre d'Hadès, la construction psychothérapeutique est présentée et ses méfaits dénoncés. L'analyse des thèmes astraux de Freud et de entourage viennent illustrer son discours et des similarités de placements planétaires sont mis à jour (importance de la Maison VIII et des planètes transpersonnelles en exil ou chute, etc.).
Hadès reproche à la psychanalyse d'être matérialiste, essentiellement tournée vers la sexualité et donc réductrice de la complexité des mécanismes de l'être. S'opposant à l'initiation qui vise l'Unité, le freudisme créerait la confusion, renforcerait l'ego et pousserait à la division, par exemple en rejetant sur l'autre toutes nos difficultés. La fragmentation de l'individualité serait aussi source d'angoisses allant à l'encontre de l'objectif de guérison psychique, avec le risque de "possession". Danger qu'évoquait Guénon, mais aussi Sri Aurobindo (note de moi-même) lequel expliquait que l'exploration des profondeurs laquelle se devait d'être proportionnelle à l'ascension :
"La psychologie contemporaine s’est avisée aussi de l’importance du subconscient et de la nécessité du nettoyage; seulement ils n’ont vu qu’une moitié du tableau, le subconscient sans le Supraconscient, et ils ont cru qu’avec leurs petites lueurs mentales, ils pourraient éclairer cette caverne de voleurs; autant descendre dans la jungle, armé d’une lampe de poche ; En fait, le plus souvent, ils ne voient du subconscient que l’envers du petit bonhomme frontal ; car il est une loi psychologique fondamentale, à laquelle personne n’échappe, à savoir que la descente est proportionnelle à l’ascension : on ne peut pas descendre plus bas que l’on est monté. Parce que la force qu’il faut pour descendre est celle-là même qu’il faut pour monter; si par quelque accident nous descendions plus bas que notre capacité de hauteur, il en résulterait automatiquement un accident, possession ou folie, parce que nous n’aurions pas la force correspondante."
Seul le psychothérapeute Alfred Adler semble trouver grâce aux yeux d'Hadès par son travail sur les mécanismes de compensation. Ceux-ci visent à remplacer un sentiment pénible par son opposé : le sentiment d'infériorité par un sentiment de supériorité, l'impuissance par une volonté de puissance, etc. Son mécanisme est le plus souvent inconscient, et a en général un effet positif (réalisation sociale, créativité). Une vision qu'Hadès rapproche de sa pratique astrologique.
Le passage du livre qui pourrait dérouter certains lecteurs est le 1er chapitre dans lequel Hadès nous dit que Freud serait l'un des « bâtisseurs » de la fin de cycle qui précéderont la naissance de l'Antéchrist, comme le miroir inversé des rois mages qui ont précédé celle du Christ. Karl Marx et Albert Einstein seraient les deux autres (pages 29-30). Tout comme Guénon, Hadès relève ici le côté négatif de la renonciation au judaïsme chez ces personnes issus de milieux religieux, tout comme le rôle néfaste de l'abandon du christianisme par les occidentaux était dénoncé. Guénon écrivait à ce sujet que se détacher d'une forme traditionnelle, c'est-à-dire de Dieu, amenait forcément à se rattacher à autre chose, même inconsciemment. Sigmund Freud (L'Empire souterrain), Karl Marx (l'Empire de la Terre) et Albert Einstein (La libération de la matière) auraient rejoins le côté “maléfique” et dissolvant du nomadisme dévié, lequel prédomine inévitablement chez les Juifs détachés de leur tradition.
On apprend ainsi que Freud voulait être un nouveau Moïse prenant possession de la terre promise de la psychiatrie. Hadès utilise cette information pour montrer l'utilisation à contre-courant de symboles religieux.
Un passage intéressant du livre (p.27) fait le parallèle entre le Christ et l'Antéchrist. Hadès explique ainsi que "l'Antéchrist rassemblera, à rebours, tous les principaux événements de la vie du Christ" :
Christ annoncé par les prophéties / Antéchrist annoncé dans les « hadiths » de Mahomet, dans les Livres Sacrés, etc...
Christ de race juive / Antéchrist sera de race juive.
Christ naît en Palestine / Antéchrist naîtra en Palestine.
"Mon royaume n'est pas de ce monde" / "Mon royaume est tout entier de ce monde"
Christ guérit de la maladie fait sortir les démons / Antéchrist fera œuvre de possédé, les démons lui obéiront.
Christ a eu douze disciples et un préféré (Jean), correspondance entre ces disciples et les différents signes du Zodiaque, ainsi Jean (Scorpion), Pierre (Capricorne), Judas (Poissons), etc... / Antéchrist aura douze disciples et un préféré.
Christ naît d'une vierge / Antéchrist naît d'un adultère.
Harmonie physique et spirituelle du Christ / Antéchrist poussera la disharmonie à son maxima, défauts physiques.
"Fuite" en Égypte du Christ / Exil du lieu de naissance pour l'Antéchrist.
En conclusion, j'ai trouvé le livre "La psychanalyse sacrement du diable" très intéressant par sa tentative de prolongement de l'œuvre de Guénon sous un angle astrologique. Maintenant je suis parfaitement conscient qu'un tel ouvrage aurait du mal à être diffusé aujourd'hui tant la psychanalyse s'est ancrée et banalisée dans la société, tandis que la Tradition est reléguée au rayon des bondieuseries poussiéreuses et réactionnaires, si elle n'est pas carrément rattachée à l'extrême droite. En ce sens, le livre d'Hadès a probablement un caractère sulfureux qu'il ne devait pas avoir il y a 40 ans, ce qui pourrait donner raison à l'idée d'un obscurcissement spirituel inhérent à la phase finale du Kali-Yuga. Ainsi, je déconseillerais ce livre aux lecteurs qui n'auraient pas un minimum de connaissances traditionnelles au préalable, sous peine d'une interprétation de l'ouvrage biaisée par l'imprégnation de la mentalité moderne (indépendamment de la véracité ou de la fausseté de la thèse proposée par Hadès). Il faut également souligner que la critique de la psychanalyse faite par Hadès, repose également sur une lucidité par rapport à l'inéluctabilité de la dégénérescence du cycle. S'il ne cautionne pas la confusion de son époque, il sait néanmoins que l'humanité doit en passer par là.
"Malheur au monde à cause des scandales! Car il est nécessaire qu'il arrive des scandales; mais malheur à l'homme par qui le scandale arrive !" Mathieu 18:7
À une époque où l'eschatologie des religions monothéistes est remise sur le devant de la scène par la guerre au Proche-Orient, la lecture de ce livre résonne étrangement avec l'actualité.



