samedi 24 janvier 2015
Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse
Le temps des réactions à chaud commence à se dissiper, je rends aujourd'hui un hommage aux victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo, journal que je n'ai jamais lu.
Par le biais de ce dessin satirique, j'exerce à mon tour ma "liberté d'expression" tant acclamée aujourd'hui, mais n'oublie pas non plus la dégoûtante récupération politique qui a suivi ces événements tragiques aux ramifications sataniques.
J'essuie personne. Chacun de nous rendra compte de ses actes en temps voulu.
Ne comptez pas sur moi pour attiser les flammes le Choc des civilisations théorisé par Samuel Hutington.
Illustration de l'article de la journaliste américaine Diana Johnstone, "La France sous influence".
Page Wikipédia des "Quatre Cavaliers de l'Apocalypse".
vendredi 23 janvier 2015
TAFTA
« Quelque chose doit remplacer les gouvernements,
et le pouvoir privé
me semble l’entité adéquate pour le faire. »
Ces mots confiés par David
Rockefeller au magazine américain Newsweek, le 1er février 1999,
fournissent la clé pour comprendre ce qui se passe depuis une trentaine
d’années et qu’on appelle « mondialisation néolibérale ».
Déléguer au
secteur privé la maîtrise des choix ou, pour l’exprimer à la manière
pudique de journaux comme Le Monde ou Les Echos, « redéfinir le périmètre de l’État », c’est l’objectif du patronat et des milieux financiers.
Cet objectif, est en passe d’être atteint avec le projet intitulé «
Partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement ».
Derrière les termes anodins pour désigner un accord classique de
libre-échange se cache un projet d’une ampleur radicalement différente.
En effet, le 14 juin 2013, les gouvernements de l’Union européenne, ont demandé à la Commission européenne de négocier avec les États-Unis la création d’un grand marché transatlantique. Confier aux firmes privées la possibilité de décider des normes sociales, sanitaires, alimentaires, environnementales, culturelles et techniques, c’est désormais l’objectif des firmes transnationales et des gouvernements d’Europe et des USA dont ils sont l’instrument politique.
Raoul Marc Jennar
Ce dessin a pour objectif de sensibiliser l’ensemble de la population du danger que représente le Grand Marché Transatlantique (aussi appelé TAFTA ou TTIP), négocié loin du regard des citoyens et des médias.
Quelques bonnes raisons de stopper TAFTA (Transatlantic Free Trade Area) :
En effet, le 14 juin 2013, les gouvernements de l’Union européenne, ont demandé à la Commission européenne de négocier avec les États-Unis la création d’un grand marché transatlantique. Confier aux firmes privées la possibilité de décider des normes sociales, sanitaires, alimentaires, environnementales, culturelles et techniques, c’est désormais l’objectif des firmes transnationales et des gouvernements d’Europe et des USA dont ils sont l’instrument politique.
Raoul Marc Jennar
Ce dessin a pour objectif de sensibiliser l’ensemble de la population du danger que représente le Grand Marché Transatlantique (aussi appelé TAFTA ou TTIP), négocié loin du regard des citoyens et des médias.
Quelques bonnes raisons de stopper TAFTA (Transatlantic Free Trade Area) :
- Sécurité alimentaire : Nos normes plus strictes que les normes américaines et que les « normes internationales » (niveaux de pesticides, contamination bactérienne, additifs toxiques, OGM, hormones, etc.), pourraient être condamnées comme « barrières commerciales illégales ».
- Gaz de schiste : Les gouvernements européens ne réglementeraient plus les exportations de gaz naturel vers les nations TAFTA. La fracturation hydraulique pourrait devenir un droit pour les sociétés qui pourraient exiger des dommages et intérêts auprès des nations qui s’y opposent.
- Emploi : Les entreprises souhaitant délocaliser dans les états concernés par le projet TAFTA où les salaires sont inférieurs, seraient protégées. L’Inspection et le code du travail devenant illégaux, plus de préavis de licenciement. Pôle emploi devrait être privatisé ou serait attaqué en justice par les sociétés d’intérim pour concurrence déloyale. Les conséquences du TAFTA sur le taux de chômage en Europe ne seraient que néfastes.
- Santé et retraites : Les médicaments pourraient être brevetés plus longtemps, les groupes pharmas pourraient bloquer la distribution des génériques. Les services d’urgence pourraient être privatisés. Les Assurances privées pourraient attaquer en justice les CPAM pour concurrence déloyale. Les retraites par répartition pourraient être démantelées, les compagnies d’assurances se substitueraient aux CRAM,ARRCO, AGIRC…
- Eau et énergie : Ces biens seraient privatisables. Toute municipalité s’y opposant pourrait être accusée d’entrave à la liberté de commerce, idem pour l’énergie, qu’elle soit fossile, nucléaire ou renouvelable. La sécurité nucléaire serait réduite. Le prix du gaz et du kW seraient libres.
- Liberté et vie privée : Grâce à la révolte publique, les sociétés espérant enfermer et monopoliser l’Internet ont échoué l’année dernière à faire adopter leur ACTA répressif ; des textes plus pernicieux sont dans le TAFTA.
- Services publics : Le TAFTA limiterait le pouvoir des États à réglementer les services publics tels que : services à la personne, transports routiers, ferroviaires, etc. et réduiraient les principes d’accès universel et large à ces besoins essentiels.
- Culture et production artistique : Les gros producteurs d’audiovisuel pourraient interdire les productions privées ou professionnelles à faible budget comme youtube, vimeo, dailymotion, les financements collaboratifs seraient rendus illégaux. Les musées nationaux perdraient leur droit de préemption sur les trésors artistiques nationaux au profit de collectionneurs privés.
- Enseignement : Les universités privées pourraient attaquer en justice l’Éducation nationale pour concurrence déloyale. De la maternelle au doctorat, les sociétés privées contesteraient aux écoles, cantines scolaires et resto U, toutes subventions municipales, régionales ou nationales.
dimanche 21 décembre 2014
Soumission à la volonté divine
« Rappelons encore, à ce propos, que le sens propre du mot Islâm est «
soumission à la Volonté divine » (1) ; c’est pourquoi il est dit, dans
certains enseignements ésotériques, que tout être est muslim, en ce sens
qu’il n’en est évidemment aucun qui puisse se soustraire à cette
Volonté, et que, par conséquent, chacun occupe nécessairement la place
qui lui est assignée dans l’ensemble de
l’Univers. La distinction des êtres en « fidèles » (mûminîn) et «
infidèles » (kuffâr) (2) consiste donc seulement en ce que les premiers
se conforment consciemment et volontairement à l’ordre universel, tandis
que, parmi les seconds, il en est qui n’obéissent à la loi que contre
leur gré, et d’autres qui sont dans l’ignorance pure et simple. Nous
retrouvons ainsi les trois catégories d’êtres que nous venons d’avoir à
envisager ; les « fidèles » sont ceux qui suivent le « chemin droit »,
qui est le lieu de la « paix », et leur conformité au Vouloir universel
fait d’eux les véritables collaborateurs du « plan divin ». »
NOTES :
(1) Voir « Le Roi du Monde », ch. VI ; nous avons signalé alors
l’étroite parenté de ce mot avec ceux qui désignent le « salut » et la «
paix » (Es-salâm). (2) Cette distinction ne concerne pas seulement les
hommes, car elle est appliquée aussi aux Jinns par la tradition
islamique ; en réalité, elle est applicable à tous les êtres.
[René Guénon, Le Symbolisme de la Croix, chap. XXV - L’arbre et le serpent]
samedi 13 décembre 2014
Le concept de Tradition selon René Guénon / Abd al-Wâhid Yahyâ
Il convient de comprendre ce que signifie ce concept de tradition généralement nié, dénaturé ou méconnu.
Il ne s'agit pas de couleur locale, de coutumes populaires, ni de mœurs curieuses collectionnées par les folkloristes, mais de l'origine même des choses. La tradition est la transmission d'un ensemble de moyens consacrés qui facilitent la prise de conscience de principes immanents d'ordre universel, puisque l'homme ne s'est pas donné à lui-même ses raisons de vivre. L'idée la plus proche, la plus capable d'évoquer ce que le mot signifie, serait celle d'une filiation spirituelle de maître à disciple, d'une influence formatrice analogue à la vocation ou à l'inspiration, aussi consubstantielle à l'esprit que l’hérédité au corps. Il s'agit là d'une connaissance intérieure, coexistante à la vie, d'une coexistence, et en même temps d'une conscience supérieure reconnue comme telle, d'une co-science, à ce point inséparable de la personne qu'elle naît avec elle et constitue sa raison d'être. A ce point de vue, l'être est complètement ce qu'il transmet, il n'existe que par ce qu'il transmet et dans la mesure où il transmet.
Indépendance et individualité apparaissent comme des réalités relatives qui témoignent d'un éloignement progressif et d'une déchéance continue à partir d'un état extensif de sagesse originelle, parfaitement compatible avec une économie archaïque. Cet état originel peut être représenté par le concept de centre primordial dont le Paradis Terrestre de la tradition hébraïque constitue un des symboles, étant compris que cet état, cette tradition et ce centre constituent trois expressions de la même réalité. Grâce à cette tradition antérieure à l'histoire, la connaissance des principes a été, dès l'origine, un bien commun à l'humanité qui s'est ensuite épanouie dans les formes les plus hautes et les plus parfaites des théologies de la période historique. Mais une déchéance naturelle, génératrice de spécialisation et d’obscuration, a creusé un hiatus croissant entre le message, ceux qui le transmettent et ceux qui le reçoivent. Une explication devint de plus en plus nécessaire, une polarité apparut entre l'aspect extérieur, rituel, littéral et le sens originel, devenu intérieur, c'est à dire obscur et incompris. En Occident cet aspect extérieur prit en général une forme religieuse. Destinée à la foule des fidèles, la doctrine s'est scindée en trois éléments, un dogme pour l'intelligence, une morale pour l'âme et des rites pour le corps.
Pendant ce temps, et à l'opposé, le sens profond devenu ésotérique se résorbait de plus en plus dans des aspects si obscurs qu'il fallut recourir aux exemples parallèles des spiritualités orientales pour reconnaître leur cohérence et leur validité.
Luc Benoît - " L'Ésotérisme ", Que Sais-je ?
Il ne s'agit pas de couleur locale, de coutumes populaires, ni de mœurs curieuses collectionnées par les folkloristes, mais de l'origine même des choses. La tradition est la transmission d'un ensemble de moyens consacrés qui facilitent la prise de conscience de principes immanents d'ordre universel, puisque l'homme ne s'est pas donné à lui-même ses raisons de vivre. L'idée la plus proche, la plus capable d'évoquer ce que le mot signifie, serait celle d'une filiation spirituelle de maître à disciple, d'une influence formatrice analogue à la vocation ou à l'inspiration, aussi consubstantielle à l'esprit que l’hérédité au corps. Il s'agit là d'une connaissance intérieure, coexistante à la vie, d'une coexistence, et en même temps d'une conscience supérieure reconnue comme telle, d'une co-science, à ce point inséparable de la personne qu'elle naît avec elle et constitue sa raison d'être. A ce point de vue, l'être est complètement ce qu'il transmet, il n'existe que par ce qu'il transmet et dans la mesure où il transmet.
Indépendance et individualité apparaissent comme des réalités relatives qui témoignent d'un éloignement progressif et d'une déchéance continue à partir d'un état extensif de sagesse originelle, parfaitement compatible avec une économie archaïque. Cet état originel peut être représenté par le concept de centre primordial dont le Paradis Terrestre de la tradition hébraïque constitue un des symboles, étant compris que cet état, cette tradition et ce centre constituent trois expressions de la même réalité. Grâce à cette tradition antérieure à l'histoire, la connaissance des principes a été, dès l'origine, un bien commun à l'humanité qui s'est ensuite épanouie dans les formes les plus hautes et les plus parfaites des théologies de la période historique. Mais une déchéance naturelle, génératrice de spécialisation et d’obscuration, a creusé un hiatus croissant entre le message, ceux qui le transmettent et ceux qui le reçoivent. Une explication devint de plus en plus nécessaire, une polarité apparut entre l'aspect extérieur, rituel, littéral et le sens originel, devenu intérieur, c'est à dire obscur et incompris. En Occident cet aspect extérieur prit en général une forme religieuse. Destinée à la foule des fidèles, la doctrine s'est scindée en trois éléments, un dogme pour l'intelligence, une morale pour l'âme et des rites pour le corps.
Pendant ce temps, et à l'opposé, le sens profond devenu ésotérique se résorbait de plus en plus dans des aspects si obscurs qu'il fallut recourir aux exemples parallèles des spiritualités orientales pour reconnaître leur cohérence et leur validité.
Luc Benoît - " L'Ésotérisme ", Que Sais-je ?
L'uniformité contre l'unité
L’uniformité, pour être possible, supposerait des êtres dépourvus de
toutes qualités et réduits à n’être que de simples « unités » numériques
; et c’est aussi qu’une telle uniformité n’est jamais réalisable en
fait, mais que tous les efforts faits pour la réaliser, notamment dans
le domaine humain, ne peuvent avoir pour résultat que de dépouiller plus
ou moins complètement les êtres de leurs qualités propres, et ainsi de
faire d’eux quelque chose qui ressemble autant qu’il est possible à de
simples machines, car la machine, produit typique du monde moderne, est
bien ce qui représente, au plus haut degré qu’on ait encore pu
atteindre, la prédominance de la quantité sur la qualité.
C’est bien à cela que tendent, au point de vue proprement social, les conceptions « démocratiques » et « égalitaires », pour lesquelles tous les individus sont équivalents entre eux, ce qui entraîne cette supposition absurde que tous doivent être également aptes à n’importe quoi ; cette « égalité » est une chose dont la nature n’offre aucun exemple, pour les raisons mêmes que nous venons d’indiquer, puisqu’elle ne serait rien d’autre qu’une complète similitude entre les individus ; mais il est évident que, au nom de cette prétendue « égalité » qui est un des « idéaux » à rebours les plus chers au monde moderne, on rend effectivement les individus aussi semblables entre eux que la nature le permet, et cela tout d’abord en prétendant imposer à tous une éducation uniforme. Il va de soi que, comme malgré tout on ne peut pas supprimer entièrement la différence des aptitudes, cette éducation ne donnera pas pour tous exactement les mêmes résultats ; mais il n’est pourtant que trop vrai que, si elle est incapable de donner à certains individus des qualités qu’ils n’ont pas, elle est par contre très susceptible d’étouffer chez les autres toutes les possibilités qui dépassent le niveau commun ; c’est ainsi que le « nivellement » s’opère toujours par en bas, et d’ailleurs il ne peut pas s’opérer autrement, puisqu’il n’est lui-même qu’une expression de la tendance vers le bas, c’est-à-dire vers la quantité pure qui se situe plus bas que toute manifestation corporelle, non seulement au-dessous du degré occupé par les êtres vivants les plus rudimentaires, mais encore au-dessous de ce que nos contemporains sont convenus d’appeler la « matière brute », et qui pourtant, puisqu’il se manifeste aux sens, est encore loin d’être entièrement dénué de toute qualité.
L’Occidental moderne ne se contente d’ailleurs pas d’imposer chez lui un tel genre d’éducation ; il veut aussi l’imposer aux autres, avec tout l’ensemble de ses habitudes mentales et corporelles, afin d’uniformiser le monde entier, dont, en même temps, il uniformise aussi jusqu’à l’aspect extérieur par la diffusion des produits de son industrie. La conséquence, paradoxale en apparence seulement, c’est que le monde est d’autant moins « unifié », au sens réel de ce mot, qu’il devient ainsi plus uniformisé ; cela est tout naturel au fond, puisque le sens où il est entraîné est, comme nous l’avons déjà dit, celui où la « séparativité » va en s’accentuant de plus en plus; mais nous voyons apparaître ici le caractère « parodique » qui se rencontre si souvent dans tout ce qui est spécifiquement moderne. En effet, tout en allant directement à l’encontre de la véritable unité, puisqu’elle tend à réaliser ce qui en est le plus éloigné, cette uniformisation en présente comme une sorte de caricature, et cela en raison du rapport analogique par lequel, comme nous l’avons indiqué dès le début, l’unité elle-même se reflète inversement dans les « unités » qui constituent la quantité pure.
C’est cette inversion même qui nous permettait de parler tout à l’heure d’« idéal » à rebours, et l’on voit qu’il faut l’entendre effectivement dans un sens très précis; ce n’est pas, d’ailleurs, que nous éprouvions si peu que ce soit le besoin de réhabiliter ce mot d’« idéal » qui sert à peu près indifféremment à tout chez les modernes, et surtout à masquer l’absence de tout principe véritable, et dont on abuse tellement qu’il a fini par être complètement vide de sens ; mais du moins nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que, suivant sa dérivation même, il devrait marquer une certaine tendance vers l’« idée » entendue dans une acception plus ou moins platonicienne, c’est-à-dire en somme vers l’essence et vers le qualitatif, si vaguement qu’on le conçoive, alors que le plus souvent, comme dans le cas dont il s’agit ici, il est pris en fait pour désigner ce qui en est exactement le contraire.
Nous disions qu’il y a tendance à uniformiser non seulement les individus humains, mais aussi les choses; si les hommes de l’époque actuelle se vantent de modifier le monde dans une mesure de plus en plus large, et si effectivement tout y devient de plus en plus « artificiel », c’est surtout dans ce sens qu’ils entendent le modifier, en faisant porter toute leur activité sur un domaine aussi strictement quantitatif qu’il est possible.
Du reste, dès lors qu’on a voulu constituer une science toute quantitative, il est inévitable que les applications pratiques qu’on tire de cette science revêtent aussi le même caractère ; ce sont ces applications dont l’ensemble est désigné, d’une façon générale, par le nom d’« industrie », et l’on peut bien dire que l’industrie moderne représente, à tous égards, le triomphe de la quantité, non seulement parce que ses procédés ne font appel qu’à des connaissances d’ordre quantitatif, et parce que les instruments dont elle fait usage, c’est-à-dire proprement les machines, sont établis d’une façon telle que les considérations qualitatives y interviennent aussi peu que possible, et que les hommes qui les mettent en œuvre sont réduits eux-mêmes à une activité toute mécanique, mais encore parce que, dans les productions mêmes de cette industrie, la qualité est entièrement sacrifiée à la quantité.
Quelques remarques complémentaires sur ce sujet ne seront sans doute pas inutiles; mais, avant d’y arriver, nous poserons encore une question sur laquelle nous aurons à revenir par la suite : quoi qu’on pense de la valeur des résultats de l’action que l’homme moderne exerce sur le monde, c’est un fait, indépendant de toute appréciations, que cette action réussit et que, au moins dans une certaine mesure, elle aboutit aux fins qu’elle se propose ; si les hommes d’une autre époque avaient agi de la même façon (supposition d’ailleurs toute « théorique » et invraisemblable en fait, étant donnée les différences mentales existant entre ces hommes et ceux d’aujourd’hui), les résultats obtenus auraient-ils été les mêmes? En d’autres termes, pour que le milieu terrestre se prête à une telle action, ne faut-il pas qu’il y soit prédisposé en quelque sorte par les conditions cosmiques de la période cyclique où nous en sommes présentement, c’est-à-dire que, par rapport aux époques antérieures, il y ait dans la nature de ce milieu quelque chose de changé ? Au point où nous en sommes de notre exposé, il serait encore trop tôt pour préciser la nature de ce changement, et pour le caractériser autrement que comme devant être une sorte d’amoindrissement qualitatif, donnant plus de prise à tout ce qui est du ressort de la quantité; mais ce que nous avons dit sur les déterminations qualitatives du temps permet tout au moins d’en concevoir déjà la possibilité, et de comprendre que les modifications artificielles du monde, pour pouvoir se réaliser, doivent présupposer des modifications naturelles auxquelles elles ne font que correspondre et se conformer en quelque manière, en vertu même de la corrélation qui existe constamment, dans la marche cyclique du temps, entre l’ordre cosmique et l’ordre humain.
Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, René Guénon, éd. Gallimard, 1945, chap. VII L'uniformité contre l'unité
C’est bien à cela que tendent, au point de vue proprement social, les conceptions « démocratiques » et « égalitaires », pour lesquelles tous les individus sont équivalents entre eux, ce qui entraîne cette supposition absurde que tous doivent être également aptes à n’importe quoi ; cette « égalité » est une chose dont la nature n’offre aucun exemple, pour les raisons mêmes que nous venons d’indiquer, puisqu’elle ne serait rien d’autre qu’une complète similitude entre les individus ; mais il est évident que, au nom de cette prétendue « égalité » qui est un des « idéaux » à rebours les plus chers au monde moderne, on rend effectivement les individus aussi semblables entre eux que la nature le permet, et cela tout d’abord en prétendant imposer à tous une éducation uniforme. Il va de soi que, comme malgré tout on ne peut pas supprimer entièrement la différence des aptitudes, cette éducation ne donnera pas pour tous exactement les mêmes résultats ; mais il n’est pourtant que trop vrai que, si elle est incapable de donner à certains individus des qualités qu’ils n’ont pas, elle est par contre très susceptible d’étouffer chez les autres toutes les possibilités qui dépassent le niveau commun ; c’est ainsi que le « nivellement » s’opère toujours par en bas, et d’ailleurs il ne peut pas s’opérer autrement, puisqu’il n’est lui-même qu’une expression de la tendance vers le bas, c’est-à-dire vers la quantité pure qui se situe plus bas que toute manifestation corporelle, non seulement au-dessous du degré occupé par les êtres vivants les plus rudimentaires, mais encore au-dessous de ce que nos contemporains sont convenus d’appeler la « matière brute », et qui pourtant, puisqu’il se manifeste aux sens, est encore loin d’être entièrement dénué de toute qualité.
L’Occidental moderne ne se contente d’ailleurs pas d’imposer chez lui un tel genre d’éducation ; il veut aussi l’imposer aux autres, avec tout l’ensemble de ses habitudes mentales et corporelles, afin d’uniformiser le monde entier, dont, en même temps, il uniformise aussi jusqu’à l’aspect extérieur par la diffusion des produits de son industrie. La conséquence, paradoxale en apparence seulement, c’est que le monde est d’autant moins « unifié », au sens réel de ce mot, qu’il devient ainsi plus uniformisé ; cela est tout naturel au fond, puisque le sens où il est entraîné est, comme nous l’avons déjà dit, celui où la « séparativité » va en s’accentuant de plus en plus; mais nous voyons apparaître ici le caractère « parodique » qui se rencontre si souvent dans tout ce qui est spécifiquement moderne. En effet, tout en allant directement à l’encontre de la véritable unité, puisqu’elle tend à réaliser ce qui en est le plus éloigné, cette uniformisation en présente comme une sorte de caricature, et cela en raison du rapport analogique par lequel, comme nous l’avons indiqué dès le début, l’unité elle-même se reflète inversement dans les « unités » qui constituent la quantité pure.
C’est cette inversion même qui nous permettait de parler tout à l’heure d’« idéal » à rebours, et l’on voit qu’il faut l’entendre effectivement dans un sens très précis; ce n’est pas, d’ailleurs, que nous éprouvions si peu que ce soit le besoin de réhabiliter ce mot d’« idéal » qui sert à peu près indifféremment à tout chez les modernes, et surtout à masquer l’absence de tout principe véritable, et dont on abuse tellement qu’il a fini par être complètement vide de sens ; mais du moins nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que, suivant sa dérivation même, il devrait marquer une certaine tendance vers l’« idée » entendue dans une acception plus ou moins platonicienne, c’est-à-dire en somme vers l’essence et vers le qualitatif, si vaguement qu’on le conçoive, alors que le plus souvent, comme dans le cas dont il s’agit ici, il est pris en fait pour désigner ce qui en est exactement le contraire.
Nous disions qu’il y a tendance à uniformiser non seulement les individus humains, mais aussi les choses; si les hommes de l’époque actuelle se vantent de modifier le monde dans une mesure de plus en plus large, et si effectivement tout y devient de plus en plus « artificiel », c’est surtout dans ce sens qu’ils entendent le modifier, en faisant porter toute leur activité sur un domaine aussi strictement quantitatif qu’il est possible.
Du reste, dès lors qu’on a voulu constituer une science toute quantitative, il est inévitable que les applications pratiques qu’on tire de cette science revêtent aussi le même caractère ; ce sont ces applications dont l’ensemble est désigné, d’une façon générale, par le nom d’« industrie », et l’on peut bien dire que l’industrie moderne représente, à tous égards, le triomphe de la quantité, non seulement parce que ses procédés ne font appel qu’à des connaissances d’ordre quantitatif, et parce que les instruments dont elle fait usage, c’est-à-dire proprement les machines, sont établis d’une façon telle que les considérations qualitatives y interviennent aussi peu que possible, et que les hommes qui les mettent en œuvre sont réduits eux-mêmes à une activité toute mécanique, mais encore parce que, dans les productions mêmes de cette industrie, la qualité est entièrement sacrifiée à la quantité.
Quelques remarques complémentaires sur ce sujet ne seront sans doute pas inutiles; mais, avant d’y arriver, nous poserons encore une question sur laquelle nous aurons à revenir par la suite : quoi qu’on pense de la valeur des résultats de l’action que l’homme moderne exerce sur le monde, c’est un fait, indépendant de toute appréciations, que cette action réussit et que, au moins dans une certaine mesure, elle aboutit aux fins qu’elle se propose ; si les hommes d’une autre époque avaient agi de la même façon (supposition d’ailleurs toute « théorique » et invraisemblable en fait, étant donnée les différences mentales existant entre ces hommes et ceux d’aujourd’hui), les résultats obtenus auraient-ils été les mêmes? En d’autres termes, pour que le milieu terrestre se prête à une telle action, ne faut-il pas qu’il y soit prédisposé en quelque sorte par les conditions cosmiques de la période cyclique où nous en sommes présentement, c’est-à-dire que, par rapport aux époques antérieures, il y ait dans la nature de ce milieu quelque chose de changé ? Au point où nous en sommes de notre exposé, il serait encore trop tôt pour préciser la nature de ce changement, et pour le caractériser autrement que comme devant être une sorte d’amoindrissement qualitatif, donnant plus de prise à tout ce qui est du ressort de la quantité; mais ce que nous avons dit sur les déterminations qualitatives du temps permet tout au moins d’en concevoir déjà la possibilité, et de comprendre que les modifications artificielles du monde, pour pouvoir se réaliser, doivent présupposer des modifications naturelles auxquelles elles ne font que correspondre et se conformer en quelque manière, en vertu même de la corrélation qui existe constamment, dans la marche cyclique du temps, entre l’ordre cosmique et l’ordre humain.
Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, René Guénon, éd. Gallimard, 1945, chap. VII L'uniformité contre l'unité
jeudi 6 novembre 2014
Liens et nœud
Symboles de la Science sacrée, René Guénon, éd. Gallimard, 1962, p. 382
Nous avons déjà parlé à maintes reprises du symbolisme du fil, qui présente de multiples aspects, mais dont la signification essentielle et proprement métaphysique est toujours la représentation du sûtrâtmâ qui, tant au point de vue macrocosmique qu’au point de vue microcosmique, relie tous les états d’existence entre eux et à leur Principe. Peu importe d’ailleurs que, dans les différentes figurations auxquelles ce symbolisme donne lieu il s’agisse d’un fil à proprement parler, d’une corde ou d’une chaîne, ou d’un tracé graphique comme ceux que nous avons signalés précédemment, ou encore d’un chemin réalisé par des procédés architecturaux comme dans le cas des labyrinthes, chemin dont un être est astreint à suivre le parcours d’un bout à l’autre pour parvenir à son but ; ce qui est l’essentiel dans tous les cas, c’est qu’on ait toujours affaire à une ligne ne présentant aucune solution de continuité. Le tracé de cette ligne peut aussi être plus ou moins compliqué, ce qui correspond habituellement à des modalités ou à des applications plus particulières de son symbolisme général : ainsi, le fil ou son équivalent peut se replier sur lui-même de façon à former des entrelacs ou des nœuds ; et, dans la structure de l’ensemble chacun de ces nœuds représente le point où agissent les forces déterminant la condensation et la cohésion d’un « agrégat » qui correspond à tel ou tel état de manifestation, de sorte qu’on pourrait dire que c’est ce nœud qui maintient l’être dans l’état envisagé et que sa solution entraîne immédiatement la mort à cet état ; c’est ce qu’exprime d’ailleurs très nettement un terme comme celui de « nœud vital ». Naturellement, le fait que les nœuds se rapportant à des états différents figurent tous à la fois et d’une façon permanente dans le tracé symbolique ne doit pas être regardé comme une objection à ce que nous venons de dire, car, outre qu’il est évidemment imposé par les conditions techniques de la figuration elle-même, il répond en réalité au point de vue où tous les états sont envisagés en simultanéité, point de vue qui est toujours plus principiel que celui de la succession. Nous ferons remarquer, à ce propos que, dans le symbolisme du tissage que nous avons étudié ailleurs, les points de croisement des fils de la chaîne et de ceux de la trame, par lesquels est formé le tissu tout entier, ont aussi une signification similaire, ces fils étant en quelque sorte les « lignes de force » qui définissent la structure du Cosmos.
Dans un article récent, M. Mircea Eliade a parlé de l’« ambivalence » du symbolisme des liens et des nœuds, et c’est là un point qui mérite d’être examiné avec quelque attention ; on peut naturellement y voir un cas particulier du double sens qui est très généralement inhérent aux symboles, mais encore faut-il se rendre compte de ce qui en justifie l’existence en ce qui concerne plus précisément ceux dont il s’agit ici. Tout d’abord, il y a lieu de remarquer à cet égard qu’un lien peut être conçu comme ce qui enchaîne ou comme ce qui unit, et, même dans le langage ordinaire, le mot a également ces deux significations ; il y correspond, dans le symbolisme des liens, deux points de vue qu’on pourrait dire inverses l’un de l’autre, et, si le plus immédiatement apparent de ces deux points de vue est celui qui fait du lien une entrave, c’est qu’il est en somme celui de l’être manifesté comme tel, en tant qu’il se regarde comme « attaché » à certaines conditions spéciales d’existence et comme enfermé par elles dans les limites de son état contingent. À ce même point de vue, le sens du nœud est comme un renforcement de celui du lien en général, puisque, comme nous le disions plus haut, le nœud représente plus proprement ce qui fixe l’être dans un état déterminé ; et la portion du lien par laquelle il est formé est, pourrait-on dire, tout ce que peut en voir cet être tant qu’il est incapable de sortir des bornes de cet état, la connexion que ce même lien établit avec les autres états lui échappant alors nécessairement. L’autre point de vue peut être qualifié de véritablement universel, car il est celui qui embrasse la totalité des états, et il suffit, pour le comprendre de se reporter à la notion du sûtrâtmâ : le lien, envisagé alors dans toute son extension, est ce qui les unit, non seulement entre eux, mais aussi, redisons-le encore, à leur Principe même de sorte que, bien loin d’être encore une entrave, il devient au contraire le moyen par lequel l’être peut rejoindre effectivement son Principe et la voie même qui le conduit à ce but. Dans ce cas, le fil ou la corde a une valeur proprement « axiale » et l’ascension à une corde tendue verticalement peut, tout comme l’ascension à un arbre ou à un mât, représenter le processus de retour au Principe. D’autre part, la connexion avec le Principe par le sûtrâtmâ est illustrée d’une façon particulièrement frappante par le jeu des marionnettes * : une marionnette représente ici un être individuel, et l’opérateur qui la fait mouvoir au moyen d’un fil est le « Soi » ; sans ce fil, la marionnette demeurerait inerte, de même que, sans le sûtrâtmâ toute existence ne serait qu’un pur néant, et, suivant une formule extrême-orientale, « tous les êtres seraient vides ».
Dans le premier même des deux points de vue dont nous venons de parler, il y a encore une certaine ambivalence d’un autre ordre, qui tient à la différence des façons dont un être suivant son degré spirituel, peut apprécier l’état dans lequel il se trouve, et que le langage rend assez bien par les significations qu’il donne au mot « attachement ». En effet, si on éprouve de l’attachement pour quelqu’un ou pour quelque chose, on considère naturellement comme un mal d’en être séparé, même si cette séparation doit en réalité entraîner l’affranchissement de certaines limitations, dans lesquelles on se trouve ainsi maintenu par cet attachement même. D’une façon plus générale l’attachement d’un être à son état, en même temps qu’il l’empêche de se libérer des entraves qui y sont inhérentes, lui fait considérer comme un malheur de le quitter, ou, en d’autres termes, attribuer un caractère « maléfique » à la mort à cet état, résultant de la rupture du « nœud vital » et de la dissolution de l’agrégat qui constitue son individualité. Seul, l’être à qui un certain développement spirituel permet d’aspirer au contraire à dépasser les conditions de son état peut les « réaliser » comme les entraves qu’elles sont effectivement, et le « détachement » qu’il éprouve dès lors à leur égard est déjà, au moins virtuellement, une rupture de ces entraves, ou, si l’on préfère une autre façon de parler qui est peut-être plus exacte, car il n’y a jamais de rupture au sens propre du mot, une transmutation de « ce qui enchaîne » en « ce qui unit », qui n’est autre chose au fond que la reconnaissance ou la prise de conscience de la véritable nature du sûtrâtmâ.
* Il est à remarquer qu'on dit communément que la mort est le « dénouement » de l'existence individuelle; cette expression, qui par ailleurs est aussi en relation avec le symbolisme du théâtre, est littéralement exacte, bien que ceux qui l'emploient ne s'en rendent sans doute pas compte(sur le symbolisme du théâtre considéré d'une façon générale, voire Aperçus sur l'Initiation, ch. XXVIII)
Retranscription empruntée au site http://dinul-qayyim.over-blog.com
Nous avons déjà parlé à maintes reprises du symbolisme du fil, qui présente de multiples aspects, mais dont la signification essentielle et proprement métaphysique est toujours la représentation du sûtrâtmâ qui, tant au point de vue macrocosmique qu’au point de vue microcosmique, relie tous les états d’existence entre eux et à leur Principe. Peu importe d’ailleurs que, dans les différentes figurations auxquelles ce symbolisme donne lieu il s’agisse d’un fil à proprement parler, d’une corde ou d’une chaîne, ou d’un tracé graphique comme ceux que nous avons signalés précédemment, ou encore d’un chemin réalisé par des procédés architecturaux comme dans le cas des labyrinthes, chemin dont un être est astreint à suivre le parcours d’un bout à l’autre pour parvenir à son but ; ce qui est l’essentiel dans tous les cas, c’est qu’on ait toujours affaire à une ligne ne présentant aucune solution de continuité. Le tracé de cette ligne peut aussi être plus ou moins compliqué, ce qui correspond habituellement à des modalités ou à des applications plus particulières de son symbolisme général : ainsi, le fil ou son équivalent peut se replier sur lui-même de façon à former des entrelacs ou des nœuds ; et, dans la structure de l’ensemble chacun de ces nœuds représente le point où agissent les forces déterminant la condensation et la cohésion d’un « agrégat » qui correspond à tel ou tel état de manifestation, de sorte qu’on pourrait dire que c’est ce nœud qui maintient l’être dans l’état envisagé et que sa solution entraîne immédiatement la mort à cet état ; c’est ce qu’exprime d’ailleurs très nettement un terme comme celui de « nœud vital ». Naturellement, le fait que les nœuds se rapportant à des états différents figurent tous à la fois et d’une façon permanente dans le tracé symbolique ne doit pas être regardé comme une objection à ce que nous venons de dire, car, outre qu’il est évidemment imposé par les conditions techniques de la figuration elle-même, il répond en réalité au point de vue où tous les états sont envisagés en simultanéité, point de vue qui est toujours plus principiel que celui de la succession. Nous ferons remarquer, à ce propos que, dans le symbolisme du tissage que nous avons étudié ailleurs, les points de croisement des fils de la chaîne et de ceux de la trame, par lesquels est formé le tissu tout entier, ont aussi une signification similaire, ces fils étant en quelque sorte les « lignes de force » qui définissent la structure du Cosmos.
Dans un article récent, M. Mircea Eliade a parlé de l’« ambivalence » du symbolisme des liens et des nœuds, et c’est là un point qui mérite d’être examiné avec quelque attention ; on peut naturellement y voir un cas particulier du double sens qui est très généralement inhérent aux symboles, mais encore faut-il se rendre compte de ce qui en justifie l’existence en ce qui concerne plus précisément ceux dont il s’agit ici. Tout d’abord, il y a lieu de remarquer à cet égard qu’un lien peut être conçu comme ce qui enchaîne ou comme ce qui unit, et, même dans le langage ordinaire, le mot a également ces deux significations ; il y correspond, dans le symbolisme des liens, deux points de vue qu’on pourrait dire inverses l’un de l’autre, et, si le plus immédiatement apparent de ces deux points de vue est celui qui fait du lien une entrave, c’est qu’il est en somme celui de l’être manifesté comme tel, en tant qu’il se regarde comme « attaché » à certaines conditions spéciales d’existence et comme enfermé par elles dans les limites de son état contingent. À ce même point de vue, le sens du nœud est comme un renforcement de celui du lien en général, puisque, comme nous le disions plus haut, le nœud représente plus proprement ce qui fixe l’être dans un état déterminé ; et la portion du lien par laquelle il est formé est, pourrait-on dire, tout ce que peut en voir cet être tant qu’il est incapable de sortir des bornes de cet état, la connexion que ce même lien établit avec les autres états lui échappant alors nécessairement. L’autre point de vue peut être qualifié de véritablement universel, car il est celui qui embrasse la totalité des états, et il suffit, pour le comprendre de se reporter à la notion du sûtrâtmâ : le lien, envisagé alors dans toute son extension, est ce qui les unit, non seulement entre eux, mais aussi, redisons-le encore, à leur Principe même de sorte que, bien loin d’être encore une entrave, il devient au contraire le moyen par lequel l’être peut rejoindre effectivement son Principe et la voie même qui le conduit à ce but. Dans ce cas, le fil ou la corde a une valeur proprement « axiale » et l’ascension à une corde tendue verticalement peut, tout comme l’ascension à un arbre ou à un mât, représenter le processus de retour au Principe. D’autre part, la connexion avec le Principe par le sûtrâtmâ est illustrée d’une façon particulièrement frappante par le jeu des marionnettes * : une marionnette représente ici un être individuel, et l’opérateur qui la fait mouvoir au moyen d’un fil est le « Soi » ; sans ce fil, la marionnette demeurerait inerte, de même que, sans le sûtrâtmâ toute existence ne serait qu’un pur néant, et, suivant une formule extrême-orientale, « tous les êtres seraient vides ».
Dans le premier même des deux points de vue dont nous venons de parler, il y a encore une certaine ambivalence d’un autre ordre, qui tient à la différence des façons dont un être suivant son degré spirituel, peut apprécier l’état dans lequel il se trouve, et que le langage rend assez bien par les significations qu’il donne au mot « attachement ». En effet, si on éprouve de l’attachement pour quelqu’un ou pour quelque chose, on considère naturellement comme un mal d’en être séparé, même si cette séparation doit en réalité entraîner l’affranchissement de certaines limitations, dans lesquelles on se trouve ainsi maintenu par cet attachement même. D’une façon plus générale l’attachement d’un être à son état, en même temps qu’il l’empêche de se libérer des entraves qui y sont inhérentes, lui fait considérer comme un malheur de le quitter, ou, en d’autres termes, attribuer un caractère « maléfique » à la mort à cet état, résultant de la rupture du « nœud vital » et de la dissolution de l’agrégat qui constitue son individualité. Seul, l’être à qui un certain développement spirituel permet d’aspirer au contraire à dépasser les conditions de son état peut les « réaliser » comme les entraves qu’elles sont effectivement, et le « détachement » qu’il éprouve dès lors à leur égard est déjà, au moins virtuellement, une rupture de ces entraves, ou, si l’on préfère une autre façon de parler qui est peut-être plus exacte, car il n’y a jamais de rupture au sens propre du mot, une transmutation de « ce qui enchaîne » en « ce qui unit », qui n’est autre chose au fond que la reconnaissance ou la prise de conscience de la véritable nature du sûtrâtmâ.
* Il est à remarquer qu'on dit communément que la mort est le « dénouement » de l'existence individuelle; cette expression, qui par ailleurs est aussi en relation avec le symbolisme du théâtre, est littéralement exacte, bien que ceux qui l'emploient ne s'en rendent sans doute pas compte(sur le symbolisme du théâtre considéré d'une façon générale, voire Aperçus sur l'Initiation, ch. XXVIII)
Retranscription empruntée au site http://dinul-qayyim.over-blog.com
lundi 22 septembre 2014
Hell-ywood chewing gum
Pour rester en vie, le système capitaliste mondial en crise semble n’avoir comme seule issue de donner une réalité au « choc des civilisations » théorisé en 1996 par Samuel Huntington. Une majorité des gens boit comme du petit lait la version manichéenne du story telling médiatique : gentils alliés US-OTAN-Israël VS méchants État Islamique bientôt amalgamé avec la Russie, l’Iran et la Chine, lorsqu’ils refuseront de faire partie de leur « coalition du Bien » sous le commandement de l’Empire lequel tente le tout pour le tout pour conserver son Leadership face à l’émergence des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud).
Pendant que le public lobotomisé se fait manipuler par les décideurs d’opinion à la TV, la radio, les journaux et finisse par percevoir l’actualité comme un conflit ethnico-religieux pour la défense de la « civilisation occidentale », à grands renforts de gros titres sur les égorgements de journalistes pour jouer sur la corde sensible de l’identification au « blanc humaniste » face au sauvage, tout en faignant de donner la définition d’Islamiste takfiriste, à savoir des êtres s’autoproclamant musulmans qui tuent d’autres musulmans. Comme par hasard ressortent les histoires de filières djihadistes en France, mais pas un mot sur les franco-israéliens qui ont mené leur guerre sainte dans les rangs de Tsahal cet été, sans parler de la relaxe des Femens après avoir foutu le bordel dans des églises. 2 poids 2 mesures où comment la laïcité est invoquée à géométrie variable en fonction des intérêts politiques du moment. Jésus serait grave vénère à notre époque.
Les gens ont la mémoire courte, que ce soit les armes de destruction massives inexistantes en Irak en 2003, l’armement de membres d’Al Qaida par l’OTAN pour assassiner Khadafi, le soutien logistique à l’armée rebelle syrienne contre El-Assad (dont les membres font aujourd’hui parti de l’État Islamique d’Al-Baghdadi, le financement d’un coup d’État pour renverser un président ukrainien démocratiquement élu mais non UE-compatible et mettre au pouvoir un gouvernement composé de néo-nazis. Sans parler des complots attestés et opérations sous fausses bannières du passé (opération Northwood en 62, assassinat d’Allende en 73, etc...), de la bombe atomique sur la gueule des japonais, du génocide des indiens... Hollywood joue bien son rôle, les États-Unis et ses alliés (faire-valoir plutôt) finissent toujours par sauver la planète à la fin du film, l’illusion est préservée par les paillettes et le glamour en surface, à grands renforts de propagande.
En réalité, nul conflit ethnico-religieux visant à effrayer « la ménagère de moins de 50 ans », mais bien une lutte des classes sociales. Rien de nouveau sous le soleil, sans non plus généraliser l’élite veut continuer à s’enrichir ou au pire conserver son statut, volonté d’autant plus urgente que se raréfient les énergies fossiles. Les médias complices pourraient en 2 secondes rétablir la vérité en faisant les gros titres sur le rôle d’Israël, du Qatar et de l’Arabie Saoudite, alliés des américains, dans le financement et l’armement des mercenaires de l’Etat Islamique (qui remplace Al Qaida, son lien avec la CIA devenant trop évident).
Mais non, on préfère ne pas entraver le business des financeurs des grands médias (Dassault, Lagardère, Bouygues…), stigmatiser une religion surreprésentée à la base de la pyramide un peu comme les juifs pendant la 2nde guerre mondiale, plutôt que d’ennuyer les gens avec la complexité des alliances en temps de guerre, surtout si cette explication peut nuire au mensonge que l’on tente d’imposer : il s’agit d’un conflit de civilisation, il faut bombarder encore une fois des terroristes pour leur imposer la paix, au passage piquer leurs matières premières et les mettre sous tutelle grâce à un plan d’aide économique qui sera tout bénéf’ pour les multinationales occidentales (américaines essentiellement).
Et si par malheur lors d’élection démocratiques, le peuple venait à élire un président souhaitant chasser le colon parasite en rétablissant une souveraineté nationale et en nationalisant les entreprises pour investir l’argent dans l’éducation et la santé, et bien il suffira de le diaboliser (« antisémite » ça marche pas mal ça) et de financer un groupe d’opposition pour le renverser. Si certains pensent voir sortir du FN ce type de président, c’est ignoré que le parti n’a jamais affirmé vouloir sortir de l’Union Européenne (revenir au Franc n’est pas la même chose) et c’est mal connaître les liens qu’il entretient avec le sionisme israélien, politique de colonisation à visée racialo-religieuse qui va à l’encontre de la position nationaliste, laïque et défensive des frontières que prétend défendre Marine Le Pen.
Encore une fois le peuple endoctriné préféra défendre les intérêts privés de la classe sociale dominante et ira mourir au combat en pensant servir la Nation ou une « Civilisation » considérée comme supérieure. Peut être qu’en rêve le petit soldat sans le sou se voyait faire partie de cette élite et être ainsi blindé financièrement, avoir sa Rollex à 50 ans, pouvoir mener la grande vie sur un yacht, se taper des Escort girls, rouler en voiture de luxe et être lui-même un donneur d’ordres au troupeau.
Après tout en tant que crève la dalle, pourquoi il irait défendre la cause de gens de sa condition, surtout si ces gens ont une couleur de peau ou une religion différente ?
Et si le patronat du CAC 40 main dans la main avec la gauche-caviard avaient organisé l’afflux d’une population de couleur et religion distincte en misant sur cette peur de la différence pour aiguiser le repli communautaire, le ressentiment, la jalousie de « la France d’en bas » (dixit Jean-Pierre Raffarin) entre le métèque qui gagne plus d’argent en prestation sociale et le gwère (blanc) qui réussit mieux à trouver du taf. Bref, casser toute solidarité par le bas et ainsi pratiquer le dumping social, rogner les acquis sociaux en toute impunité, en se protégeant derrière la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Et si c’était par cette prise de conscience de ce jeu de dupe que tout pouvait changer.
Merde, non, tout ça c’est de la théorie de la conspiration, du communisme ou du fascisme populiste à la sauce Dieudonné, nos gouvernants veulent notre bien, les lois liberticides pour lutter contre le terrorisme, c’est pour notre sécurité, les OGM c’est pour notre santé, le nucléaire c’est pour notre confort… Et TAFTA, le Grand Marché Transatlantique, c’est pour favoriser la flexibilité du travail afin de baisser son coût et ainsi encourager l’innovation qui nous rendra "compétitif" et relancera la croissance…
La croissance. Quelle croissance ? La croissance de fabrication de biens matériels superflus pour niquer encore plus vite les ressources limitées de la planète ? Croître matériellement pour permettre aux grenouilles d’être aussi grosses que le Veau d’Or?
L’ascenseur social, le rêve américain, Obama le 1er président noir… ça a fait des ravages dans les cerveaux et fait oublier le fossé de plus en plus énorme entre les classes les plus pauvres et les plus riches, tandis que la classe moyenne disparaît. Mais cela fera autant de pauvres qui devront enchaîner les petits boulots pour survivre et auront moins de temps pour réfléchir sur leur condition. Une fois arrivé le week-end après une semaine d’esclavage, après s’être occupé des gosses, fait la bouffe et le ménage, l’occidental moyen s’affalera dans son canapé avec une bonne bière, allumera sa TV et devant le journal télévisé ou « Independance Day » se dira :
P’tain j’ai de la chance de vivre dans le pays de la liberté et de la démocratie.
Où comment la scénarisation hollywoodienne sert à faire passer la pilule... bleue en l’occurrence.
Pendant que le public lobotomisé se fait manipuler par les décideurs d’opinion à la TV, la radio, les journaux et finisse par percevoir l’actualité comme un conflit ethnico-religieux pour la défense de la « civilisation occidentale », à grands renforts de gros titres sur les égorgements de journalistes pour jouer sur la corde sensible de l’identification au « blanc humaniste » face au sauvage, tout en faignant de donner la définition d’Islamiste takfiriste, à savoir des êtres s’autoproclamant musulmans qui tuent d’autres musulmans. Comme par hasard ressortent les histoires de filières djihadistes en France, mais pas un mot sur les franco-israéliens qui ont mené leur guerre sainte dans les rangs de Tsahal cet été, sans parler de la relaxe des Femens après avoir foutu le bordel dans des églises. 2 poids 2 mesures où comment la laïcité est invoquée à géométrie variable en fonction des intérêts politiques du moment. Jésus serait grave vénère à notre époque.
Les gens ont la mémoire courte, que ce soit les armes de destruction massives inexistantes en Irak en 2003, l’armement de membres d’Al Qaida par l’OTAN pour assassiner Khadafi, le soutien logistique à l’armée rebelle syrienne contre El-Assad (dont les membres font aujourd’hui parti de l’État Islamique d’Al-Baghdadi, le financement d’un coup d’État pour renverser un président ukrainien démocratiquement élu mais non UE-compatible et mettre au pouvoir un gouvernement composé de néo-nazis. Sans parler des complots attestés et opérations sous fausses bannières du passé (opération Northwood en 62, assassinat d’Allende en 73, etc...), de la bombe atomique sur la gueule des japonais, du génocide des indiens... Hollywood joue bien son rôle, les États-Unis et ses alliés (faire-valoir plutôt) finissent toujours par sauver la planète à la fin du film, l’illusion est préservée par les paillettes et le glamour en surface, à grands renforts de propagande.
En réalité, nul conflit ethnico-religieux visant à effrayer « la ménagère de moins de 50 ans », mais bien une lutte des classes sociales. Rien de nouveau sous le soleil, sans non plus généraliser l’élite veut continuer à s’enrichir ou au pire conserver son statut, volonté d’autant plus urgente que se raréfient les énergies fossiles. Les médias complices pourraient en 2 secondes rétablir la vérité en faisant les gros titres sur le rôle d’Israël, du Qatar et de l’Arabie Saoudite, alliés des américains, dans le financement et l’armement des mercenaires de l’Etat Islamique (qui remplace Al Qaida, son lien avec la CIA devenant trop évident).
Mais non, on préfère ne pas entraver le business des financeurs des grands médias (Dassault, Lagardère, Bouygues…), stigmatiser une religion surreprésentée à la base de la pyramide un peu comme les juifs pendant la 2nde guerre mondiale, plutôt que d’ennuyer les gens avec la complexité des alliances en temps de guerre, surtout si cette explication peut nuire au mensonge que l’on tente d’imposer : il s’agit d’un conflit de civilisation, il faut bombarder encore une fois des terroristes pour leur imposer la paix, au passage piquer leurs matières premières et les mettre sous tutelle grâce à un plan d’aide économique qui sera tout bénéf’ pour les multinationales occidentales (américaines essentiellement).
Et si par malheur lors d’élection démocratiques, le peuple venait à élire un président souhaitant chasser le colon parasite en rétablissant une souveraineté nationale et en nationalisant les entreprises pour investir l’argent dans l’éducation et la santé, et bien il suffira de le diaboliser (« antisémite » ça marche pas mal ça) et de financer un groupe d’opposition pour le renverser. Si certains pensent voir sortir du FN ce type de président, c’est ignoré que le parti n’a jamais affirmé vouloir sortir de l’Union Européenne (revenir au Franc n’est pas la même chose) et c’est mal connaître les liens qu’il entretient avec le sionisme israélien, politique de colonisation à visée racialo-religieuse qui va à l’encontre de la position nationaliste, laïque et défensive des frontières que prétend défendre Marine Le Pen.
Encore une fois le peuple endoctriné préféra défendre les intérêts privés de la classe sociale dominante et ira mourir au combat en pensant servir la Nation ou une « Civilisation » considérée comme supérieure. Peut être qu’en rêve le petit soldat sans le sou se voyait faire partie de cette élite et être ainsi blindé financièrement, avoir sa Rollex à 50 ans, pouvoir mener la grande vie sur un yacht, se taper des Escort girls, rouler en voiture de luxe et être lui-même un donneur d’ordres au troupeau.
Après tout en tant que crève la dalle, pourquoi il irait défendre la cause de gens de sa condition, surtout si ces gens ont une couleur de peau ou une religion différente ?
Et si le patronat du CAC 40 main dans la main avec la gauche-caviard avaient organisé l’afflux d’une population de couleur et religion distincte en misant sur cette peur de la différence pour aiguiser le repli communautaire, le ressentiment, la jalousie de « la France d’en bas » (dixit Jean-Pierre Raffarin) entre le métèque qui gagne plus d’argent en prestation sociale et le gwère (blanc) qui réussit mieux à trouver du taf. Bref, casser toute solidarité par le bas et ainsi pratiquer le dumping social, rogner les acquis sociaux en toute impunité, en se protégeant derrière la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Et si c’était par cette prise de conscience de ce jeu de dupe que tout pouvait changer.
Merde, non, tout ça c’est de la théorie de la conspiration, du communisme ou du fascisme populiste à la sauce Dieudonné, nos gouvernants veulent notre bien, les lois liberticides pour lutter contre le terrorisme, c’est pour notre sécurité, les OGM c’est pour notre santé, le nucléaire c’est pour notre confort… Et TAFTA, le Grand Marché Transatlantique, c’est pour favoriser la flexibilité du travail afin de baisser son coût et ainsi encourager l’innovation qui nous rendra "compétitif" et relancera la croissance…
La croissance. Quelle croissance ? La croissance de fabrication de biens matériels superflus pour niquer encore plus vite les ressources limitées de la planète ? Croître matériellement pour permettre aux grenouilles d’être aussi grosses que le Veau d’Or?
L’ascenseur social, le rêve américain, Obama le 1er président noir… ça a fait des ravages dans les cerveaux et fait oublier le fossé de plus en plus énorme entre les classes les plus pauvres et les plus riches, tandis que la classe moyenne disparaît. Mais cela fera autant de pauvres qui devront enchaîner les petits boulots pour survivre et auront moins de temps pour réfléchir sur leur condition. Une fois arrivé le week-end après une semaine d’esclavage, après s’être occupé des gosses, fait la bouffe et le ménage, l’occidental moyen s’affalera dans son canapé avec une bonne bière, allumera sa TV et devant le journal télévisé ou « Independance Day » se dira :
P’tain j’ai de la chance de vivre dans le pays de la liberté et de la démocratie.
Où comment la scénarisation hollywoodienne sert à faire passer la pilule... bleue en l’occurrence.
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